Rémi s'en est allé, tout doucement, sans faire de bruit, sans le moindre geste, il s'est glissé vers le fond de la salle de réunion, a rasé le mur, ramassé son sac de voyage,
entrebâillé la porte puis, sans se retourner, s'est dirigé vers le véhicule s'est faufilé à l'intérieur, attendant le chauffeur.
Quelques uns qui se trouvaient là, ont vaguement essayé de le suivre pour lui dire une dernière fois " au revoir " mais Rémi n'entend plus, il ne se retournera pas, il est déjà parti et ne donnera
plus signe de vie.
Il a dû se résoudre à la quitter sa maison.
Dieu sait s'il l'aimait son foyer !... trente années de sa vie, plusieurs couches de peinture, une succession de tapisseries, des co-locataires à la pelle, des comme lui, des gentils, des
bizarres, des un peu fous, des éducateurs en série, plusieurs directeurs et chefs de service, deux maîtresses de maison, des petites m**** ses de stagiaires qui voulaient le commander....
Et puis, les pelouses à tondre, les haies à tailler, les feuilles mortes à ramasser, les fruits à cueillir, les bancs à repeindre, le garage à ranger, les véhicules à nettoyer... c'était la vie de
Rémi.
Il ne laissait le choix à personne d'autre, il était l'unique préposé, le pro du bricolage, le spécialiste en tout... et gare à celui qui osait lui retirer le manche à balai des mains !!
Fatigué ??? ... lui ??... jamais de la vie !!... même s'il marchait parfois le dos courbé par un lumbago... même pas mal !!
Le plus fort, le plus rapide, le plus serviable, le plus
modeste entreprenant, limite pot de colle.... mais toujours présent !!
Quand il a senti le vent d'autan souffler, il a bien dit qu'il ne partirait pas, mais à l'évidence, ses forces le lâchaient et son ardeur lui faisait faux bon.
Conscient de ses défaillances, il s'est mis à éviter les autres, ces petits jeunes présomptueux, se repliant sur lui même, se plaignant parfois en disant que peut être, il irait faire des
stages pour voir ailleurs comment c'était ... mais pas longtemps... juste pour voir... pour essayer... et qu'il reviendrait.
A chaque fois sur le retour, il disait que là bas, c'était bien... mais qu'il préférait rester ici... que peut être il irait faire un autre stage ... qu'il s'était fait une copine... mais qu'il
aimait mieux rester là.
A force à force, il s'est fait à l'idée.
Il faut dire que les éducs ont mis le paquet pour le convaincre en douceur, lui dire qu'ils iraient le voir souvent, avec ses anciens collègues, qu'il pourrait leur téléphoner... et que la vie
continuait.
Alors ce matin, Rémi a avalé un tout petit déjeuner accompagné de la grosse boule qu'il avait dans la gorge.
Il a embrassé ses éducs, leur a dit qu'il partait et qu'il ne reviendrait plus jamais voir personne, détournant son regard pour mettre son coeur à l'abri.
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