Je traversais mollement l’hiver , remettant sans cesse un rangement qui ne me disait rien et voilà que depuis quelques jours, c’est devenu insupportable, je ne trouve plus rien dans mes armoires.
Pourtant, tout y est !…mais c’est comme si insidieusement au fil des jours, une fourmilière avait traversé mes armoires pour organiser à sa manière un vaste chantier.
Apparemment, elles n’ont pas terminé ce qu’elles avaient entrepris hier.
Ce matin j’étais à la bourre pour aller au boulot, et ce n’est que quand le jour s’est levé que j’ai aperçu au fond de mes pantalons, une cheville rose et l’autre noire. Ces bestioles avaient eu le vice de mettre ensemble des chaussettes dépareillées !
Bon, j’étais sur place et je devais œuvrer, pas question de revenir, ni de marcher pieds nus ... alors vogue la galère !…je me suis assise discrètement et furtivement dans les coins et derrière les tables, j’ai marché vite en tirant sur le pantalon, j’ai parlé en remuant les bras pour détourner les regards descendants.
Globalement je m’en suis bien tirée, mais en revenant je me suis dit qu’il fallait mettre les
" ho là ! "
Chez nous il y a trois armoires, une pour le linge de maison, une pour mon homme, et la mienne.
Avant on en avait une pour deux, mais ma moitié s’est mise à détester les fourmis, alors il en a pris une autre.
Bizarrement , les fourmis ne se sont plus jamais attaquées à l’armoire de mon homme.
Quand je l’ai ouverte, rien n’avait changé : les piles d’aplomb, les paniers en ordre, les pantalons sur leurs cintres, les vestes , les chemises bien alignées, tout y était même les vestes anciennes toujours en bon état dont il ne veut pas se séparer parce que, plus c’est vieux plus il s’attache et que quand il a quelque chose, c’est pour la vie.
Juste un peu plus de décontraction dans les vêtements de sport.
L’armoire à linge de maison, ça pouvait encore aller, les piles de draps étaient un peu de traviole, les taies étaient un peu mélangées avec les draps housses, mais on reconnaissait encore le linge.
Mais mon armoire ! ... un véritable feu d’artifice !… les fourmis avaient dû inviter une nichée de castors (je sais pas pourquoi j’aime bien les castors), des couleurs partout, des tas à la place des piles, des corbeilles de chaussettes … non ! à moins que ce soit des sous vêtements, ou plutôt des collants…mais non, c’est des débardeurs !
Là haut les pulls, manches courtes ou longues ?... col roulé ou ras de cou ?… mais non des sweats !… attends que je tire pour voir ?
Moi les vêtements j’aime ça … à condition que je rentre dedans !… et ça fluctue selon une multitude de paramètres… et une bonne dose de volonté.
J’aime les vêtements chauds, confortables, légers, colorés, pas les uniformes ni les tailleurs, mais ce que j’aime surtout c’est en changer. Changer de peau selon l’humeur, la météo, la circonstance.
Alors aux passages de saisons c’est un chassé croisé entre le sombre et le clair, l’uni et l’imprimé , le douillet et le léger, les trop petits, les démodés qui partent, et les nouveaux qui s’installent.
Une vraie ruche ! … mais en bordélique.
C’est ce réchauffement de la planète qui fiche tout en l’air, ya plus de saisons, alors, faut faire cohabiter tous ces textiles entre eux et des fois, ils font pas bon ménage.
Et puis un vêtement c’est plus que ça, c’est sentimental, on s’y sent bien ou pas, on y a chaud ou froid, on y est gai ou triste, on remet ou on oublie, on s’attache ou on donne, mais au moment du tri c’est toujours un déchirement .
Alors un retour d’affection instantané vous submerge et vous gardez jusqu'à la prochaine fois !… pour le plus grand plaisir de vos fidèles fourmis.

