Lundi 7 septembre 2009
Fascinée par la chevauchée de Don Quichotte, Eleonore avait cogité l'année entière en quête d'une étincelle pour allumer le feu ...euh !!?... pour éteindre le feu qui la consumait de l'intérieur (... si si ça existe !! c'est une manoeuvre bien connue des pompiers le contre feu, ou feu tactique, allumé en avant d'un incendie pour en empêcher la propagation).... et trouver le salut tant attendu.
Elle chargea donc sa petite citrouille pour s'en aller ôter sa chrysalide dans les Cévennes sauvages, pays qu'elle affectionnait tout particulièrement pour sa végétation maquisarde, ses rivières au courant gentillet, ses lavandes en juillet, son soleil estival et bien sûr, ses cigales.
... Soûlantes vous dites ???...(les cigales)... z'avez raison, mais Eléonore aimait s'enivrer de cette façon là.
Eleonore ne se lassa pas de savourer à ce point le bonheur d'être à nouveau au contact de cette nature qui lui avait tant manqué dans sa triste forteresse, de dormir sous sa hutte, bercée par les grillons, réveillée par l'angélus du village voisin.
Elle rencontra d'autres compagnons en quête de mutation et bien vite ils sympathisèrent faisant table commune aux abords du mas d'une famille de potiers : petit déjeuner face au soleil avec tartines aux délicieuses confitures maison, au parfum tiède du pain de campagne puis ripaille autour d'un petit rouge ramené de l'Hérault par un des compagnons.
Les mets succulents plus qu'à souhait, regorgeant de légumes et fruits locaux et cuisinés de gourmande façon par la mignonne cuisinière, la mirent en appétit.
Ils étaient venus de tous les coins de l'hexagone, d'autres d'Helvétie, de Belgique, de Nouvelle Calédonie pour renouer avec la terre de leurs ancêtres et la faire "leur" selon leurs aspirations, sous l'égide des maîtres potiers, ès tournage ou ès raku.
Eléonore fût quelque peu désemparée lorsque le maître des lieux lui confia sa monture vibrante et tournante ainsi qu'à ses compagnons.
Ils chevauchèrent leurs tours cinq jours entiers, les mains, les genoux et même le visage enduits de barbotine, la paume des mains et les ongles élimés à la recherche du geste parfait qui permet de monter un cylindre, un pichet, un bol une tasse sans s'abîmer d'aucune façon et sans extirper de ces âmes passionnées des cris d'horreur au moment ou la forme part en vrille.
Pauvre Alix de Tourraine !!...éclaboussé jusqu'aux yeux par les splatchs d'Eléonore, obligé de répondre à ses questions et commentaires incessants , sursautant à ses cris quand son cylindre tournait carré, réceptionnant sur son tablier les restes informes éjectés du tour voisin.
Il fit preuve de beaucoup de patience avec Eléonore, mais comme elle lui en était reconnaissante, en échange elle lui fit don de son tube de pommade lorsqu'il se coinça le dos le troisième jour au sortir de son tour.
Que de ronds de serviettes en terre avachie ils ont réalisés tous deux, avant de montrer rayonnants le premier gobelet à la maîtresse potière attendrie !!
Bon assez de mièvreries !!... Eléonore se débrouillait mieux que lui y'avait pas photo !!
Ils ont centré, barboté, tourné, tournassé ( voir photos des mains dans le texte "de terre et d'eau" ), retiré du tour, fait des anses, des becs, des couvercles... peut être pas autant, ni pas si gros, ni pas si beaux qu'ils auraient souhaité ...qu'importe !!...
Les étagères de séchage se remplissaient dans la bonne humeur.
Le plaisir y était ... et comment !!
Certains soirs, ils descendaient aux thermes.
Mais non !!...pas pour faire leur cure !!...pour faire connaissance avec le Casino.
Késako un Casino se demandait intérieurement Eléonore ???...
Pas si bête que ça quand même !!...elle avait la télé, mais.... elle y avait jamais mis les pieds, sauf pour aller aux toilettes un jour dans l'urgence.
Ils prirent leurs précautions afin de ne pas sombrer dans l'addiction, en emportant chacun un unique petit écu disant que les gains seraient partagés en cas de bingo.
Ben vous auriez dû venir !!!... trois pelés, quatre tondus parmi les locaux et nos compagnons de terre... pas très "fut-fut "dans le domaine des machines à sous qui s'étonnèrent du fonctionnement des manettes, compteurs, roulettes, gobelets, posant des questions aussi sottes que grenues aux pros qui n'en croyaient pas leurs oreilles et leurs yeux.
Puis ce fut l'invasion des machines et la foire dans tout le casino...adieu la concentration des pros sur leurs leviers, chez les compagnons, les jetons tombaient à flôt dans les gobelets, avec des cris de supporters de l'OL.
Seulement voilà !!!... amour gloire et beauté, firent que les compagnons s'y laissèrent prendre !!!...
Trop tard !!...l'addiction leur fit perdre tous leurs jetons !!.... juste de quoi s'offrir une tournée de lait fraise en sortant !
Eléonore ressortit sceptique de cette expérience :
... bon !! ils avaient bien ri mais... plaisir éphémère, le Casino, c'était pas son truc et miser sur le hasard... encore moins !
Curieuse impression que l'on a, de s'être fait avoir en étant parfaitement consentant, d'en redemander toujours et plus alors qu'on sait parfaitement que c'est néfaste... et oui !!..., on se brûle, mais on y retourne, juste pour savourer l'excitation que cela procure !!... mais n'exagérons rien, Eléonore n'y perdit ni sa chemise ni son âme !!
Pas folle la guêpe !!... elle portait encore les stigmates de sa dernière chute en vélo et ne voulait à aucun prix en rajouter, d'autant qu'elle s'était abimé les paumes jusqu'au sang sur son tour !
Plus la semaine avançait et plus Eléonore jubilait de voir sa planche se remplir d'objets pas toujours attendus, mais debout sur leur fond ... vous croyez que c'est facile vous ???
... surtout quand vous voulez retirer avec le fil à beurre le superbe vase monté avec amour et application du plateau tournant ... essayez pour voir dans de la terre tendre !!
... et que le fil à beurre récalcitrant vous enlève un gros steak dans votre fond de vase ... ça vous fait rire hein ???
Ben pas Eléonore !... ni les autres d'ailleurs !
Elle aurait tant voulu ramener un saladier de sa fabrication, mais il lui aurait fallu quelques jours supplémentaires pour parvenir à dompter son kilo et demi de terre... un peu déçue quand même, mais ce serait pour une autre fois, elle en était sûre !!
Puis se furent les adieux à tous ses compagnons, promis, elle irait en voir quelques uns, elle replia sa hutte le coeur lourd, remplit sa citrouille regarda une dernière fois le paysage ... elle allait revenir bientôt mais pour l'heure partait vers de nouveaux horizons.
............................ à suivre
Par Santoline
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Publié dans : feuilletons
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