Jeudi 12 juillet 2007

 

 

Si mes grands parents n’avaient pas d’eau courante, en revanche ils avaient un réfrigérateur !…un peu particulier tout de même !

Pour s’y rendre il fallait sortir de la maison, et monter quelques marches de pierres de rondins de bois et de terre battue.

Sur la gauche se trouvait un puits, où l’eau devenait de plus en plus rare et stagnait à plusieurs mètres de profondeur.

Ma grand mère suspendait un seau métallique à la chaîne du puits, rempli de toutes les denrées périssables : beurre, lait, restes de repas.

A l’aide de la chaîne, qui passait dans une grosse poulie suspendue à la charpente du toit, elle descendait le seau jusqu’au ras de l’eau pour le maintenir au frais jusqu’au repas suivant.

J’aimais beaucoup la cérémonie du puits et accompagnais ma grand mère lors de la manœuvre, le reste du temps l’accès au puits était interdit.

Pendant ce temps, le grand père allait tirer le vin à la cave, ou remontait une bouteille restée au frais, et rappelait à l’ordre Youki, le toutou blanc de la famille.

Youki était chargé de surveiller les poules pour qu’elles n’exterminent pas le jardin, mais parfois, il se laissait aller à des rêveries étendu au soleil devant la maison, et ma grand mère furieuse lâchait sa fameuse phrase :

"Youkiiiiii ! !... mais quello puto de cau !... vaï me lou caïre ! "

Avant le repas, grand mère nous servait un petit fortifiant de son cru : le vin de noix. J’ai dû y prendre goût car j’ai souvent besoin de me fortifier à présent avec cette potion ! … maintenant fabriquée par ma mère.

Très souvent Yvette, une petite cousine du hameau d’en face, venait jouer, manger et parfois dormir avec moi .

Vous noterez que c’est ma grand mère qui est à l’origine des " soirées pyjamas ", et que ce n’est pas une invention des années 80 !

 

Avec Yvette, nous jouions à la marchande, à la coiffeuse, à la maîtresse, au papa et à la maman,… nous allions même à la maternité !… comme quoi !…

Nous fabriquions des eaux de Cologne à la menthe, au pissenlit ou au trèfle en les broyant dans de l’eau récupérée au fond d’une boite de conserves … nous grimpions dans les cerisiers, ou escaladions la charrue ou la faneuse reléguée au fond du hangar et prenions la place du chauffeur de car, chacune à notre tour.

 

 

Après le repas, mon grand père étendait une grosse bâche à l’ombre de la maison, où nous étions sensées faire la sieste. Cela se terminait le plus souvent en galipettes et figures de cirque .

Parfois, je lisais mes premiers " club des cinq " dans la fraîcheur de la chambre.

Puis, la chaleur s’estompant, c’était le moment de la promenade sur la route.

Mon grand père, tout en plantant sa canne, nous parlait un peu de la guerre, du temps où il était prisonnier.

Il nous avait montré l’énorme trou qu’il avait dans le dos, à la base du cou…un éclat d’obus qu’il gardait en lui.

Mais il nous racontait surtout des salades que nous gobions pour son plus grand plaisir !

Lorsqu’il rencontrait un voisin, j’étais fascinée par leur conversation en patois … moi qui aurait tant voulu parler Anglais !…

Avec la cousine, on se regardait, …elle comprenait quelques mots par habitude, mais moi, rien du tout ! ... Ce que je comprenais c’était les jurons qui ponctuaient toutes les conversations : " puto !…macarel !…ébé milla diou !…

Parfois nous nous arrêtions à l’ombre, mon grand père organisait un concours de confection d’habits, avec des feuilles de châtaigniers.

Nous échangions nos techniques d’agrafage avec des brindilles, mais bien souvent les costumes tombaient en lambeaux au cours du premier essayage, ce qui faisait beaucoup rire le grand père.

Lorsque après les chaleurs de Juillet, le pré fauché était bien sec, nous descendions en luge, sur des morceaux de carton réclamés à l’épicier ambulant.

Après maintes descentes, le pré devenait lustré à point et c’était très excitant de devoir s’arrêter juste avant d’atterrir dans un tas d’anciennes bogues.

 

Le soir pendant que grand mère rangeait la cuisine, ma cousine et moi aimions rejoindre le grand père dans son lit …c’était un autre grand père sans son béret noir, avec sa chemise et son caleçon long.

Il nous racontait des histoires sur un ton mystérieux et parfois dramatique, parsemées de phrases en patois qui résonnent encore dans ma tête :

"  tusto lou !…tusto lou ! ", nous ne comprenions pas tout, qu’importe !…nous avions peur !

Et lorsque grand mère arrivait, nous quittions le grand père pour le lit à rouleaux d’en face qu’il fallait escalader pour atteindre l’entrée des draps .

Après un échange de quelques bêtises entre les deux lits, nous nous endormions paisiblement.

J’étais drôlement heureuse de ne pas dormir sous la tente !

La sortie le dimanche, c’était pour aller à la messe à pied par le " carreïrou " avec la grand mère. Elle s’assurait que je sois bien habillée et bien coiffée, elle me présentait à tout le village, répétant pour plaisanter, que je tombais mes dents… moi j’évitais de sourire, pensant " tu parles d’une tuile ! "

Pendant ce temps le grand père se faisait beau, faisant sa toilette, traçant avec application une raie sur une mèche rescapée de sa calvitie, il se rasait de près, après s’être barbouillé de savon à raser, et se passait de l’eau de Cologne sur les joues pour que nous " étrennions " sa barbe comme il disait, par deux bisous au retour.

Une fois dans le mois, mémère m’emmenait à la foire de la ville d’ à côté.

La foire c’était bien, on se levait tôt pour descendre à pied prendre le car dans le hameau plus bas .

Là bas, j’admirais avec beaucoup de curiosité tous les animaux parqués sur une immense place : bœufs, vaches, veaux, volailles, et tous ces forains aux bâches multicolores.

Mémère m’avait acheté une jolie paire d’espadrilles bleues, brodées de fleurs jaunes et rouges, avec de longs lacets qui remontaient sur les chevilles, ce fût un cadeau merveilleux ! … car je comprenais que le porte monnaie de mes grands parents n’était pas au mieux de sa forme.

Au retour, ma grand mère qui était passée chez le boucher, nous mitonnait mon plat favori : de la tête de veau en vinaigrette avec de la ciboulette…un régal !… pendant ce temps mon grand père préférait faire " chabrot " dans son potage, en se léchant les babines, amusé de nous voir grimacer devant son assiette noircie par le vin violacé.

 

Parfois le soir après le repas, nous allions passer la veillée chez Yvette. Il faisait encore jour à l’aller, pour emprunter les raccourcis de sentiers caillouteux, mais après une heure ou deux de parlottes, de rires, parfois de chants, de boissons, de dégustation de fouace, le sommeil me terrassait. La nuit tombée, au retour, le chemin me paraissait dangereux et lugubre, malgré le concert de grillons qui nous accompagnait.

Après une bonne nuit, le lendemain, comme tous les matins, nous empruntions le même chemin pour aller chercher le lait chez Lucien, avec le pot à lait en aluminium, le lait était chaud et il sentait la vache !

J’aimais bien regarder depuis la porte de l’écurie, mais je ne m’y hasardais pas, quelque peu dégoûtée par la vue et l’odeur de la paille détrempée par les bouses .

Nous revenions à la maison, non sans nous être arrêtés pour picorer des mûres, parler à des voisins et sucer des fleurs de chèvrefeuille (…la preuve que ça ne tue pas !).

 

L’annonce du retour de mes parents signifiait la fin des vacances, mélange de tristesse à quitter les grands parents pour un grand moment, et plaisir à retrouver mes parents, mon frère et ses " gna gna gna … " quand j’allais vouloir lui raconter mes vacances !... la maison, et ses robinets !

 

Des souvenirs plein de simplicité et de tendresse, voilà ce qu’il me reste des vacances à Firmi !

Je suis heureuse de vous avoir retrouvés, Gaby et Ricou, l’espace de ces quelques lignes.

 

 

 

 PS : S’il y a des puristes en ce qui concerne l’orthographe du patois Rouergat, je suis prête à corriger ! ... merci !

 

 

par Santoline publié dans : souvenirs
 
 
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