Huit à dix heures, complètement ratatinée sur un fauteuil de 747, entre le dossier incliné de mon voisin de devant, qui me colle le mini écran de la télé à 10 centimètres en dessous du nez, (suivez mon regard à l’arrivée ! ), l’éclairage mal orienté de mon voisin de gauche qui me tape dans l’œil,( la lumière, pas le voisin… c’est mon cher et tendre !) mon sac de voyage dans les pieds qui gonflent, ( les pieds, pas le sac !), mon voisin de derrière qui s’est aspergé de " senteur boisée d’aisselles "…je franchis la porte de la carlingue, les jambes à demi pliées, l’air ahuri de celle qui n’a pas réussi à faire sa nuit, éblouie et suffoquée par l’astre suprême qui m’ accueille.
Une seule règle : ne pas boiter, ne pas se plaindre, sourire…je suis en vacances !
Bienvenue dans l’aéroport !… on nous offre le planteur d’accueil en bas des escaliers, heureusement, en bas ! …manquait plus que ça ! …on m’achève, mais c’est plutôt agréable !
Direction, le tapis roulant pour récupérer nos bagages.
Là, une multitude de valises, paquets, poussettes défilent sous notre nez aux aguets, pour tenter de retrouver les nôtres, sanglées de jaune et de vert,… pas pour le look, mais pour soulager les serrures de 35 ans (si si !) quelque peu défaillantes.
Le tapis défile, …pas de valises,…plus aucune valise !
Trente ahuris s'observent, s’interrogent du regard,… " non !…pas nous ! ", s’agitent, attendent encore, questionnent enfin : … un très élégant employé d’Air France, nous annonce de ses dents éclatantes, que les valises manquantes en provenance de Lyon, arriveront au prochain avion !…avant la nuit si tout va bien !…Gagné !
Queue , formalités… nos valises, seront livrées… dès que possible !… mais souriez donc ! vous êtes en vacances !
Le loueur de voiture qui s’impatientait en nous attendant s’efforce d’être aimable, disant qu’il a d’autres pigeons à servir après nous !…Le pied au plancher, il nous a fait avaler 40 à 50 kilomètres sur une route défoncée,… le raccourci d’enfer !… en lacets, montées, descentes, caniveaux, doublant sans visibilité, écrasant les freins in extrémis.
Je transpire un max... la chaleur , mais surtout la frousse. Une embardée,…puis d’autres, tout en dénonçant les pratiques de ses " collègues métros ", comme lui consommateurs de pigeons, mais dit il, bien moins scrupuleux que lui ! ( mais bien sûr !)
Il nous fait le coup des blacks, des métros, des indiens, des élections présidentielles, des municipales et au passage, nous énumère ses connaissances préfectorales…ça va changer, je vous le dis !…surtout si on passe en zone franche ! …je ne vois que ses yeux de baroudeur vorace dans le rétroviseur, mais je le soupçonne de saliver, à l’idée qu’ il va pouvoir se saisir de la belle aubaine !
Voilà, vous êtes enfin livrés à votre nouvelle résidence, emballés dans une superbe twingo vert amande : petit jardin exotique, 3 bananiers et leurs régimes, roses de porcelaine, cocotiers, arbustes multicolores, bougainvilliers, 6 bungalows répartis autour de la piscine, jacuzzi, salle de sport (ou plutôt de torture, vu le nombre de machines …sont fous ces métros - gwadas ! on vient pas là pour ça !).
Accueil chaleureux des propriétaires, qui nous font visiter notre paradis, nous en remettent les clés, quelques mets locaux nous attendent dans le frigo…sympa !
Alors, en pantalons et chemises, il fait 30 degrés,…pfff !!...soufflons, et sans valise, savon, brosse à dents, pyjama, … sourions, c’est les vacances !
Nos valises arriveront vers 21 heures… pas trop de dégâts en fin de compte !
Vite au lit, c’est 22 heures,… euh non !…3 heures du lendemain matin en métropole !...on verra plus clair demain !
…MAIS…mais… c’était sans compter sur le comité d’accueil de nos amis moustiques, blattes volantes, scolopendre (gentil mille pattes venimeux), minis grenouilles dans la douche, fourmis et autres créatures de rêve qui partagent votre bungalow, surtout la nuit, tout naturellement !
…souriez, c’est les tropiques !

